Sévdicaces spéciales Breizh par Séverine et Oliv de Lanildut

> Au vtt, matériel inerte certe, mais que l’on pourrait prendre de pitié lorsque l’on voit de quelle manière il est parfois traité : rocher, sable, eau salée, ronces, côtes de « bibelot » ( surnom donné par Dod à Oliv, relire Astérix pour comprendre), arrimage en tendeur sur canoé, et on en passe…
> A l’hairboat qui a dû subir gonflage et dégonflage , eau de mer, vase, et rinçage pas toujours optimisé…
> Au Camping Car qui a dû supporté de nombreux demi-tours sur les petites routes bretonnes, faute au manque de panneaux, donc faute au Conseil Géneral, et au fait que Véro conduit en regardant la carte, en répondant au téléphone, en surveillant son furieux de mari pour arriver avant lui et le prendre en photo.
> Ce qui nous amène…
> A Véro, qui comme signalé ci-dessus, donne dans la polyvalence… mais tout en même temps ( conduite, lecture, téléphone…). Elle passe ses temps libres à faire de la musculation du haut du corps,sans soulever de fonte, simplement en gonflant, dégonflant, gonflant, dégonflant,etc, le fameux kayak.
> Toujours à Véro pour supporter l’odeur de vase, de combi et kayak mouillé, même après avoir rangé le CC…
> Encore à Véro, qui , je l’espère a réussi à prendre du temps pour randonner un peu ( à priori difficile dans le Finistère…  l’Aber Ildut sera toujours là si tu veux en faire le tour un jour!)
> A Dod pour les rencontres, pour le plaisir de l’effort dans des environnements magnifiques,  qu’il transmet avec tellement de facilité et de bonheur.
>  A Dod pour le sourire jamais vu disparaitre de son visage
> A Dod qui répond à la question ” pas trop fatigué au bout de 5h de Vtt ? “… ” Non, je commence à peine à chauffer.” Sans commentaire…
> A Obélix-Dod pour avoir cloué Asterix-Olive 15 jours à la maison, me permettant ainsi de revenir du boulot avec le feu de bois entretenu toute la journée.

> A vous deux pour ces photos formidables et textes super sympas.
> A vous deux pour votre gentillesse et votre sourire.

Dodicaces de janvier:

A la famille Crapaud ( Nico, Maia et Jules Vigneron) et Annie, qui ont inauguré l’année avec nous vers la pointe de l’Arcouest, dans les rires et sous la pluie!
A Serge Hardy, nouveau recordman( désolé Gaby!) des journées du dodtour (hormis compagnons de montagne), dont Ouessant – ça compte double! Et à sa femme Martine qui nous aura chouchouté! Sans compter les ravitos Ovomaltine/crêpes…
A Eric Cochet, Sidonie Revillon et Ronan Apprioual, pour la virée musclée à Ouessant, des airs de Grand Sud… Et trop classe l’escalade ensemble à Pen-Hir après.
A Arnaud qui a assuré comme un chef la logistique “Pen-Hir” et merci à Jeff pour les images. A Laurence et Jean-Claude, cordée volante pour cette traversée des 3 pointes.
A Gérard Véron, qui aura fait l’entremetteur avec les voileux: Isa (Autissier) sera fier de toi!!!
A Séverine Landrieu, Maëlan et Oliv Guillerm”le bibelot” (!), pour tous les bons moments passés ensemble dont la traversée épique de l’aber Ildut, en canot avec le vtt dessus… Désolé, Oliv, pour les côtes cassées.
A Michel Lanchec de la “Franck connection” (!) pour la nav kayak vers Lannion, et Samuel pour la navette voiture. Et à la maman de Michel pour son fameux far breton!
A Josée et Jean-Marc Janvier, pour la traversée de la baix de Morlaix en kayak, et pour le spirit (venus en remorquant un kayak svp, pour moi) et aussi pour la salade d’algues (un régal!!!) et les poissons pêchés par JM.
A Jérôme Leray, du club de kayak de Vannes, qui m’aura fait économiser un nombre impressionnant de kms (177 km!), avec la traversée de la passe du golfe du Morbihan.
A Philippe Dazy, le 3ème larron du trio infernal avec Tristan (mon compagnon du Grand sud!) et Bertrand, qui m’aura suivi à vtt et assuré la logistique et la traversée en kayak vers Lorient ( et connu une belle galère dodesque au cours du voyage retour en kayak…)
A Dom Nédellec pour la traversée du Trieux.
A Katell, que nous n’avons toujours pas rencontrée, mais qui nous aura mis en contact avec le réseau kayak du Ponant. Et à Nico Daviaud.
A Yann Guélou, qui a failli faire la traversée de la baie de Morlaix, mais j’ai été trop rapide…
A Romain Pilliard qui nous aura intercepté vers la Trinité, à l’arrache! A Aurélie, sa femme, Blandine et Patrice Pluyette et toute leurs petites familles pour les portages du kayak gonflable et merci pour la raclette… bretonne!
A Gunwal Guillerme, le grimpeur surfeur, qui nous a surpris avec Serge, au débouché d’une falaise, et accompagné pour un ” marathon” jusqu’à la pointe du Van.
A Benoît, pour le délicieux rosbif et les livres sur le littoral.
A Guy Van Steenberge de la Snef Bretagne, qui a réussi le coup de maître de nous intercepter vers l’Aven, après nous avoir longtemps couru après…
A Marco, Bruno, Sylvain, Jean-Claude, et tous les autres vttistes de la Snef, qui auront fait un bout de route avec moi, et parfois souffert…
A Thierry et Chantal Robert pour l’excellent kouign aman et “Un Hiver en Bretagne” …!
A Gilbert Tanné qui est venu nous saluer un matin au Curnic avec du far maison.
A Ahmed de Tribe que je dérange tous les lundis matin (!) pour son efficacité à assurer la maintenance du Rocky Mountain, malmené aux mains d’une brute…
A tous ces inconnus qui m’ont salué et encouragé sur le bord du chemin.
Et enfin, last but not least, à Véro qui aura eu un mois de janvier particulièrement chargé, avec un nombre incalculable de gonflage et récup kayak!

Bref spécial dodicace à toute la caravane du Dodtour, bel engouement en Bretagne, Kenavo!

QUI VOIT OUESSANT VOIT SON SANG ! Témoignage d’une victime collatérale du Dodtour : Serge Hardy

Avec le Dod on s’est pas mal baladés le long de la côte, du kayak, de la course, du VTT (parfois de l’escalade avec un VTT sur le dos), bref un peu de tout.
Mais, indéniablement, le crux de l’affaire ce fût l’aller-retour à Ouessant en voilier.
L’aller s’avéra à peu près tranquille ; départ à une heure du matin et arrivée à cinq. On aurait dit un départ de course ; après tout l’eau ça n’est que de la glace liquide…
Débarquement au Stiff le matin, après quelques heures d’un vague sommeil. Comme l’annexe est petite et comme les vagues sont grosses! Tant bien que mal, on s’approche de la digue. Un balèze de dauphin nous tourne autour : fais pas le c… Flipper, sage, gentil… c’est pas parce qu’on à l’air de deux clowns qu’il faut te croire au cirque !
Echelle attrapée, annexe remontée sur le quai ; victoire on est à terre !
Le bateau accoste, et on échange l’annexe contre les vélos. Ouf, parce que sinon, cet enragé de Dod, il aurait bien fait le tour d’Ouessant en annexe.
Après quelques coups de pédale on retrouve le bateau dans le port de Lampaul, d’ailleurs il n’y en qu’un seul au mouillage… Et ça c’est louche ! Pourquoi, parmi tous les plaisanciers du coin, personne ne va à Ouessant en janvier ?
Réembarquement avec le vélo sur la petite annexe. Ronan rame (le marin sait aussi jouer du biscotto), et nous on essaie de ne pas laisser tomber les vélos à l’eau.
On mange des pâtes avant de filer. « Qui veut de la sauce tomate ? » Ben moi je n’aurais pas dit non… si un des trois loups de mer présents n’avait pas déclaré que l’acidité de la tomate ça pouvait le rendre malade. Bon, on va éviter alors…
Et c’est parti pour quelque chose qui s’annonce un peu long. Attention, quand le marin dit « au près », ça ne veut pas dire « au plus près » : 7h30 de baston pour rejoindre Camaret !
Dans le jargon, il paraît qu’on dit « faire de la tranche ». Concrètement, ça veut dire rester agrippé à ce bidule en ferraille appelé chandelier, comme un bernique sur son rocher, et prendre les paquets de mer dans le museau.
Soif… ça doit être jouable, moyennant quelques pas un peu bloc en désescalade : applat pour les deux mains, un gratton en pied droit, un autre en main droite, changement de main, réta, et on doit arriver à se glisser dans la cabine. Oui mais… qui dit glouglou dit pipi… Euh, bon, finalement, je n’ai pas si soif que ça…
Arrivée à Camaret, où les marins accostent au ponton à la voile : pas de moteur, on a dit ! Véro nous rejoint sur le bateau qui s’est arrêté de bouger : re-pâtes alors (mais toujours sans sauce tomate). Dod débarque et, en ce qui me concerne je continue jusque Brest, avec droit au moteur cette fois.
Lundi matin, huit heures : arrivée folklo au boulot, un poisson sur l’oreille et du goémon dans les cheveux.
Fatigué ? Même pas ! Ca doit être l’air du large… mais peut être pas que ça ?

Dodicaces de décembre:

A Anita et Alain Héot, pour leur formidable accueil dans leur gîte où nous avons installé notre camp de base le temps de Noël. www.gites-mahana.com .Spéciale dodicace à Alain qui m’a entre autres offert une superbe visite contée de St-Malo.
A Pierrick le mécano venu la veille de Noël réparer notre pare-choc esquinté pour la xième fois.
A mes parents, venus pour Noël, dont nous avons honteusement abusé pour récupérer du matos divers…et à ceux de Véro bien déçus de n’avoir pas pu venir en raison du décès de Mamirène.
A Bertrand Le Pelvé, mon guide de la baie st Michel, et à Marie-Christine, pour l’accueil super sympa à Genet.
A Seb Gras de Caen, récidiviste du dodtour, vttiste aux multiples talents (dont celui de conteur)
A toute l’équipe de la Snef de Cherbourg et du Havre, pour les bons moments partagés, soit autour d’une (très) bonne table, soit sur un vélo, et pour tous les coups de mains .
Special thanks à Jackie Robert , Philippe Legras et Christophe Lefèvre pour l’efficacité de l’organisation au pied levé ! Sans oublier Laurent qui aura fait la route pour nous apporter un cadeau ! Et aussi Alain qui m’a ouvert sa maison le temps d’une douche. A Pierre pour les thermos et les croissants au pont de Normandie.
A Xave14, qui m’aura intercepté un soir à Ouistreham le bras dans le plâtre, ainsi qu’au centre de rééducation de Granville. Courage, man, et bon rétablissement !
Aux vvtistes du Caf de Caen ( Vanessa, Seb, Dom et Laurent), pour la liaison boueuse Omaha Beach GrandMaisy
A Cycle&Co de Coutances, ( www.cyclesandco.com ) pour le gros lifting du vtt, effectué en urgence… Ainsi qu’au magasin de cycles de Portbail, qui a gentiment fait la liaison.
A Eric Mousseau, venu d’Angers pour un reportage, et qui m’a accompagné une journée
A Thierry Lacheray de Trouville, qui m’aura fait mourir de rire, pour les quelques kms réalisés le vent dans le nez.
A Ludo Seifert, mon pote glaciériste, qui a quitté au dernier moment sa fac de Rouen pour venir me guider dans la traversée « underground » de Etretat.
A Jean-Pierre et Janine Bourreau, les grands cousins pour la pause café au Havre… et pour la pancarte de bienvenue !

Dodicaces de novembre:

A Yann Joly-Coupet et Jean-Louis le président du Club de kayak de la baie des Phoques, pour la traversée en kayak de mer de la baie de Somme. Court mais sympa ! Et à Lionel Mougin, pour avoir assuré l’intermédiaire.
A toute l’équipe de la Snef de Dunkerque qui nous a chouchoutés ainsi que le camping-car, et qui nous a fait goûté à toutes les spécialités du Nord y compris le « smout » ! Special thanks à Laurent Tison qui aura couru un centre commercial pour nous trouver un GPS de voiture, et bien sûr un grand merci à Joël et Michèle Mauro, Delphine et Fiona qui nous ont accueilli à bras ouverts et choyé. Promis, on reviendra pour le Carnaval !
A Dominique et Philippe Plantêt , nos Lillois du Crotoy, qui m’ont intercepté sous les fenêtres de leur maison, qui nous ont chouchoutés eux aussi. Une pensée émue pour … le carpaccio de St-Jacques ! Et la betterave sucrière !
A Jean-Philippe Bossu et toute sa famille, pour son accueil formidable à Leers, et évidemment tous les moments partagés avec les élèves du collège Daudet ( Alphonse…)
A Gaby Depiesse, qui a tenu à revenir pour l’arrivée à la mer du Nord, une belle signature ! Et à sa femme Marie-Claire.
A Karine Baillet du Touquet, ma copine raideuse, venue partager un repas dans notre CC .
A Olivier Mondin pour la journée après Sangatte, et pour l’organisation « char à voile » avec Nico de la base de Equihen.
A Denis Himmesoëte le picard, pour l’étape vers le Tréport
A Francis Grimonprez, le maire de Deulemont, et son équipe pour le pot partagé en toute simplicité.
A François et Yanis Mattard pour la bonne soirée partagée.
A l’homme des bois, une belle rencontre qui m’a fait revivre l’histoire de la frontière vers Bousignies/Roc.

La valse à mille temps.

(librement inspiré de Jacques Brel)

« Une valse à quatre temps
C’est beaucoup moins dansant »
P… Encore une ronce qui me lacère le visage, une goutte de sang perle sur le bout du nez. Et cette liane qui s’accroche dans ma pédale, et ce vélo qui pèse des tonnes après ce passage boueux, et ces barbelés à franchir pour la xième fois de la journée- quand ils ne sont pas électrifiés. Et ce pied qui me fait une nouvelle fois souffrir- douleur nerveuse, comme une dague plantée et remuée dans le moignon… galère, galère, galère. Des taillis se dressent, menaçants, toutes épines dehors, mufles pointus, durs, prêts à chasser l’intrus qui s’aventure trop près de la frontière. Des entrelacs de branches moussues et vertes forment un mur impassable. Des clôtures à enjamber, ou ramper dessous, c’est selon. Des propriétés privées- étangs, forêts que je passe à la sauvette, me minent la tête. L’âme du dodtour est dans cette frontière au cordeau, c’est ainsi, c’est ma règle et je n’y dérogerai point.

« Et pourtant seul je souris déjà »
Il y a de l’allégresse dans ce ciel gris, dans ce brouillard qui me cache de tous. Je ne sais où est la limite entre ce vert sombre et humide de l’herbe, et cette rosée qui me mouille les cheveux. Il y a de la légèreté dans ce chevreuil bondissant, juste devant moi. Je m’arrête, laisse passer mon voisin du jour, c’est la moindre des politesses. Il y a un hochement de tête amusé à voir ce faisan s’enfuir devant moi, en criaillant bruyamment. C’est ton jour de chance, je ne suis pas chasseur, plutôt cueilleur-vagabond…
Je ne sais qu’une chose, finalement : suis ta route, la route de la frontière. Je suis ce fossé fangeux, c’est la frontière. Je passe tel un équilibriste sur ce poteau électrique à vocation de passerelle au-dessus de ce ruisseau stagnant, je traverse la frontière, parce que, « de l’autre côté », a priori, ça déroule mieux. Je roule à vtt sur cette ligne droite, vers la mer du Nord, c’est la frontière que je suis, c’est elle ma voie ces jours. C’est la pause casse-croûte et elle est la bienvenue: un bout de saucisson que je mastique lentement, une gorgée d’eau qui étanche ma soif, quelques fruits secs en guise de dessert, je suis déjà reparti, ne sachant plus dans quel pays j’étais assis.

« A deuxième temps de la valse
On es deux, tu es dans mes bras »
Cela commence par un coup de téléphone « t’es où ? On se retrouve au point 188 de la carte, ok ? OK »
« Je suis seul et je t’aperçois »
D’abord une apparition blanche, qui me réchauffe le cœur : notre camion, notre maison. Puis une porte s’ouvre, une brunette et un sourire, des mots s’échangent. Je retrouve Véro, ma femme, et c’est doux, extraordinairement doux. D’un coup la fatigue s’envole « tu es dans mes bras » et c’est délicieusement bon.
« Qui s’offre encore le temps/de s’offrir des détours/du côté de l’amour ».
Lâche le cœur et raconte la journée. Invite la paix oui invite là s’il te plaît, nous tenir chaud au cou, comme une écharpe de sable chaud. Car que serait le dodtour, sinon ? Comment pourrait-il simplement exister, sans Véro ?

« Au troisième temps de la valse
Nous valsons enfin tous les trois »
Ce sont des rencontres, riches, fortes, franches, directes, sans fioritures, trempées à la sauce dodtour. Elles donnent au voyage l’épaisseur d’une main de bûcheron, une saveur épicée, une texture de poudre d’or, une rugosité calleuse. Un exemple : Gaby. Avec ce Belge fraîchement retraité, fringant cycliste, nous avions déjà effectué les 4 premières étapes communes à la Belgique. Il n’y a pas de journées faciles, c’est une des constances du projet. Tripes mode dodtour, voilà le menu. Ses tempes grisonnantes avaient laissé couler la sueur, ses traits pleins de douceur s’étaient durcis de fatigue, un léger voile de lassitude avait obscurci ses yeux clairs, les fins de journées crispaient les muscles… Mais le soir venu, alors que nous savourions UN Orval selon le rituel consacré, ne restait dans la nuit que les étoiles, oui les étoiles. « Laisse enfin éclater sa joie »
C’est un mail ou un appel téléphonique je ne sais plus, mais il est là, sous mes yeux ou à mes oreilles : Le voilà en substance : Salut c’est Gaby, j’ai suivi sur le site ta progression, normalement tu peux arriver à la mer demain, j’ai envie de t’intercepter pour finir la Belgique ensemble.
Super, arrive dès que tu peux !
Il a fait plus de 3 heures de voiture avec sa femme, a sorti le vtt du coffre, s’est changé, et a pédalé allègrement dans les champs glaiseux, collants, exténuants. Il a repéré les bornes cachées derrière les broussailles apatrides. Il a avancé sur cette digue aux pierres tapies sous les herbes hautes, terrain cassant qui malmenait son dos fragile, Il a poussé son vélo dans les dunes sableuses, jusqu’à ce que le trait noir du gps disparaisse, laisse la place à un bleu immense…
« Laisse enfin éclater sa joie »
Une belle signature, élégante comme le foulard d’un dandy. L’esprit du dodtour est éminemment symbolique : « liberté égalité fraternité » « Une ardeur d’avance »

Bray-Dunes voilà donc la mer et je me précipite dans ses bras, saoulé de tous ces kilomètres, presque pleurant, riant, chantant -
« C’est une valse à mille temps
Une valse à mille temps
Une valse à mille temps
Offre seule aux amants
Trois cent trente-trois fois le temps
De bâtir un roman »

Un roman à plus de 100 pages déjà, le roman du dodtour, et loin d’être achevé …

Du Rhin aux Ardennes, des journées aux couleurs d’une palette de peintre rimbaldien.

( Au passage Rimbaud est ardennais…)

Journées bleues des rivières.
La Semoy dans les brumes, à contre-courant, un type interpelle Flo qui fait la navette: «  mais c’est pas dans ce sens ». Ah bon j’avais pas remarqué! D’autant plus que parfois le peu d’eau m’oblige à descendre et pousser l’airboat. Heureusement il n’y a pas 50kms comme cela…
La Meuse avec un embarquement pile-poil sur la frontière, avec un doux soleil, avec ces colonies de canards paisibles, et le « sommet » du doigt des Ardennes. On sent ici beaucoup de pauvreté.
La Chiers? C’est d’abord une journée avec Gaby, un belge de Virton. On avait d’abord frôlé la correctionnelle en nous contorsionnant pour traverser la Chiers sur une espèce de pipe-line rond et glissant, vtt en main. J’étais repassé dessous, avec le kayak gonflable, en adressant un clin d’oeil complice et malicieux. Quelques mini rapides avaient agrémenté le parcours, de même ces cygnes qui s’agitaient en fin de parcours, quelque peu effrayés de voir une curieuse embarcation fondre sur eux…
Puis il y a eu toute cette multitude de ruisselets, paraît-il que d’un côté on appelle ça Belgique, et de l’autre côté France. Certains m’ont laissé le goût âpre d’une nature sauvage, sans sentiers ni pistes forestières: les tourbières du Ris de Stoi, les feuilles mortes qui jonchent la Hulle et parfois courent avec elle, les castors qui en ont colonisés les rives, puis la Houille, plus grosse, que je longerai à deux reprises.
Et aussi un fossé rempli d’eau, de vase et de m… diverses. Avec Gaby cela avait commencé fort, vers ces zones pourries et sales des alentours de Longwy,. Le pied sur une palette moisie et verdâtre, il m’impressionne en tenant son vélo sans efforts apparents, ça sent l’ancien champion d’athlé… Tout à coup, plouf, le pied part dans une glissade vicieuse et Gaby se retrouve dans cette vase dégueulasse, odeur de méthane, éclats de rire, c’est parti pour une belle journée dodesque…

Journées noires dans les anciens crassiers: sombres au milieu des fers tordus, des blocs épars. Je n’en reviens pas de la raideur de ces collines artificielles et comment la nature a repris ses droits. Immenses bâtiments lugubres et délabrés, datant des heures glorieuses de la sidérurgie, colonisés par une végétation épaisse. Et un petit bonhomme qui se demande bien où passe la frontière, dans ce beau merdier…

Journées rouges: de la chasse. Ici les battues; Des types en rang d’oignons sur des kms parfois, attendant le passage du chevreuil ou du sanglier, et des rabatteurs qui braillent, des clairons, des chiens excités, la violence d’un coup de feu. En Belgique, la forêt un jour de chasse est même interdite aux promeneurs!
Heureusement, nous sommes mis au courant par des panonceaux à l’entrée des chemins, qui ajoutent, des fois que nous serions pris d’un doute: « nous sommes des amoureux de la nature » Et quand on n’arrive pas par les chemins habituels, discours surréaliste: « vous risquez votre vie » Ah bon vous regardez pas sur quoi vous tirez? Vous confondez un gilet fluo avec un pelage marron??? Heureusement, il y en a tout de même quelques-uns de sympa dans le lot… mais je ris encore de la gueule du type qui m’a vu déboulé face à lui. En plein sur la frontière, il y a parfois un drôle de gibier solitaire: le Dod…
Journées rouges du sang versé: ici la frontière peine à refermer des cicatrices encore sanguinolentes: des monuments, des casemates, des gens nous rappellent combien les guerres ont marquées ces lieux où je ne vois qu’une nature paisible. Je ne peux imaginer ce qui c’est passé un jour, là où je marche d’un bon pas, écartant simplement une branche qui menace de me griffer le visage.
Journée rouge des vins partagés, lors d’un pot chaleureux offert par les mairies de Wissembourg et Schweigen, le voisin d’en face. Ici les vignes sont en France, et le vin- très bon, vinifié par un couple franco-allemand en Allemagne: on se perd sur la frontière… Et parfois même les locaux ont du mal à se rappeler, où, précisément, elle passe.

Journées vertes des grands bois, riches d’une saveur au goût de sueur et d’épicéas. La frontière n’est pas un sentier tranquille, loin de là.Chaque jour je l’expérimente, entre hors sentier plus ou moins dégagé ou taillis sordides, qu’ils faut pourtant passer, ou contourner. Journée verte et vosgienne avec Stef Czerniak: «  il donne quoi ton alti? + de 1500m de déniv positif. Pas étonnant que je sente un peu de fatigue… » Journée verte et ardennaise avec Nico Merciny: «  Ca va? Pas trop fatigué? Non c’est OK. Bon alors on continue mais il ne faut pas traîner car il reste 2h de jours à peine, et plus de 7kms, et de la bartasse… » Arrivée à la nuit tombante, les chiens de la ferme française aboient et nous courent après, on se réfugie en Belgique, plus accueillante. Et puis des pâtures, qui riment avec clôtures, c’est fou le nombre que je peux enjamber en une journée, avec des variantes électrifiées, barbelées…

Journées blanches des centrales nucléaires et de ces nuages de vapeur qui obscurcissent le soleil: il y en beaucoup dans le paysage français: Cattenom, Chooz, vite je m’éloigne.
Jour blanc, et rare , de « pseudo repos »  dans le camping-car: notre maison sur roue, qui m’accueille chaque soir, qui nous accueille, moi et Véro, et parfois des compagnons de route. C’est notre « ADA2 » ( le bateau d’Isa Autissier!) mais ça bouge moins…

Journées jaunes des bières dégustées après une étape toujours éprouvante: délicatesse de l’Orval, force de la Chimay, convivialité, l’esprit du dodtour est aussi dans ces moments simples, de partage avec différents compagnons de route, pour un ou plusieurs jours. Journée blonde comme les cheveux de Flo, revenue sur les terres de son enfance, attraper des souvenirs avec sa copine Véro, et laisser la gaieté inonder les champs, les forêts et le camping-car.

Journées grises d’un soleil égaré dans une chape épaisse. Les menhirs de l’Europe, sculptures contemporaines plantées sur la frontière mosellane. Certaines font une apparition fantomatique et me percent le coeur..
Journées grises d’une chambre à air qu’il faut encore changer, crevée! 2 km en 1 heure ce matin, belle moyenne…

Journées marron d’une boue tenace, qui collent aux pieds, aux pneus du vélo. Le pauvre Gaby n’avance plus avec ses freins V-Brake qui accumulent la boue. On regarde ça, on se regarde et on se marre… Avant j’avais d’autres pneus, qui accrochaient bien dans la boue. Trop bien même, j’avais poussé l’histoire à son paroxysme, en portant le vélo aux roues bloquées, et de plus considérablement alourdi.

Tableau peint, jour après jour, bleu, jaune, vert, rouge, blanc, noir, se mêlent, qu’en sortira t’il , peut-être dans moins d’une année, quand la dernière touche sera apposée, revenu au Mont-Blanc? Je n’en saurais encore trop rien dire…