NO MAN’S LAND: suite du récit de Tronc (Phil Pellet)

Je suis encore au bivouac des Petites Jorasses et quand je m’endors, mon cerveau ne fabrique plus de rêves… Rêves ou réalité, entre ciel et terre le temps n’a plus d’importance, seule la vie est importante. Il faut dire qu’être toute la journée corde tendue, cela demande une concentration permanente, chaque prise doit être testée. Que la roche soit mauvaise ou qu’on grimpe dans du rocher compact, il faut tout de même serrer les arqués, ne rien lâcher pas même l’ombre de son compagnon, pas même sa propre ombre.

La foudre est tombée au sommet du Mont Dolent, on a vu l’éclair zébrer le ciel…J’ai pris ça comme un feu d’artifice de bienvenue. Le Dolent est une montagne que se partagent trois pays. Comme les trois branches du signe qui symbolise la paix, si on trace un grand cercle en prenant comme centre son sommet.

Dans ces étapes reculées des grandes voies de circulation du Mont Blanc, nous avions avec nous une tente et le bivouac au complet pour deux jours maxi. Sinon, nos jeunes alpinistes porteurs ont tout fait pour nous ravitailler. Dans ces étapes, nous avons marché et grimpé sur des tapis de cristaux et à maintes reprises nous avons pris à deux mains l’arête faîtière de la montagne. Nous nous sommes souvent arrêtés pour voir se coucher le soleil ou pour voir tout simplement un temple de lumière sur une mer de nuage.

Au fil des jours se sont éloignés les grands sommets. Et les premières bornes frontalières ont fait leur apparition. Le NO MAN’S LAND n’est plus qu’une ligne réservée aux funambules de toute espèce. On a pris notre premier café au chalet de Balme, pour finir à Chatelard. Sur la route effrayée comme deux boucs au milieu des voitures, nous avons enjambé un pont et rejoint la rivière.

Le canyon de Barberine. Oui, on l’a remonté jusqu’au barrage d’Emosson, évitant parfois certains « infrans » comme diraient les kayakistes, en bartassant le plus près possible de gorges profondes. On a quitté les tenues d’homme grenouille puis nous avons rejoint la traversée des Perrons et nous avons suivi l’arête jusqu’au col de la Terrasse. Je pensais que c’était une grosse journée? …Celle du lendemain était bien plus longue encore!

Col de la Terrasse, col de Sageroux, refuge de Vogealle. On a marché sur la lune, tout a changé d’un coup, entre deux montagnes j’ai cru voir le lac Léman et derrière nous dans les nuages…le Mont Blanc. Nous sommes au pays des chamois et des bouquetins, on marche plus et quand on grimpe, il faut être bien plus vigilant que partout ailleurs où nous sommes passés. On fait des rappels sur des champignons de rochers pourris que l’on creuse au piolet ou bien on bidouille avec des systèmes D.

Le Haut-Giffre et ses montagnes du Tenneverge et du Grand Ruan, certainement un des massifs les plus sauvages et des plus complexes que je connaisse. On a marché sur des confettis de schistes aux reflets dorés et aussi sur des dalles compactes plates comme une voie romaine franco/suisse.

Et puis, il y a aussi ceux qui veillent sur nous, et qui passent l’été dans leur refuge, ce sont les amis des montagnards, ils aiment les gens et leur travail : merci à BEA et FRED du refuge d’ARGENTIERE, à PIERRICK et VERO du centre alpin du Tour, et à DOMINIQUE et DORIANE du refuge de la VOGEALLE!

 

 

 

 

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Une réflexion au sujet de « NO MAN’S LAND: suite du récit de Tronc (Phil Pellet) »

  1. Pour Lionel de la part de Jacqueline
    « I want to be like him. He’s never hung-up, he goes every direction, he lets it all out, he knows time, he has nothing to do but rock back and forth. Man, he’s the end! You see, if you go like him all the time you’ll finally get it… »
    – Jack Kerouac, On the Road.
    A toi donc l’aventure!

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