Petit résumé de 5 jours dans le Dodtour: du Mont Valier à la Pica d’Estats par Pierre Périssé.

L’hiver est passé avec son cortège de beau et mauvais temps. Impossible de trouver du temps pour partager un petit moment de traversée des Pyrénées avec Dod et ses acolytes.
Il aura fallut attendre le mois de juin pour enfin rejoindre le « petit bonhomme » avec son sac à dos qui se balade sur une frontière virtuelle de mon écran d’ordinateur.
Rentrer dans la réalité du « Dodtour », c’est un peu comme prendre un train en route. Pas de chef de gare pour le faire ralentir, on saute avec son barda pour l’attraper et vaut mieux bien s’accrocher parce que ça décoiffe !
C’est ainsi qu’avec Charlie nous avons retrouvé Morgan et Dod au refuge des Estagnous. Stéphane nous a accueilli chaleureusement et fait manger un gros plat de nouille. A mon avis, vu la dose de pâtes, le Stéph’ se doutait bien qu’on en aurait besoin ! Les deux compères, eux, dormaient déjà.
Départ au petit matin dans une montagne magnifique saupoudrée de neige. Les prévisions météo sont bonnes pour les jours à venir, donc c’est parti !
A partir de cet instant, chaque pas réalisé sur la frontière vous oblige à une extrême concentration. Exercice souvent périlleux et vertigineux sur la faîtière de nos vieilles Pyrénées, avec des moments où la poutre maîtresse montre des signes de faiblesse ! Poser le pied au bon endroit, peaufiner la prise avant de la serrer, garder l’équilibre dans une rafale de vent de sud, vous oblige à rester concentré sans cesse. Puis quand on lève le nez, on voit la crête frontière se profiler vers l’obstacle suivant et ainsi de suite…  Pas de sieste au programme mais par contre, le bonheur d’évoluer tous ensembles, Dod avec son grand sourire et Morgan avec sa sérénité impressionnante !
La phase d’adaptation passée, le corps et l’esprit s’endurcissent.
Bon, ça, c’est tout simplement pour vous dire que le Dod Tour c’est pas des vacances et comme nous l’ont dit une équipe de Catalans au sommet de la Pica d’Estats, le Dod Tour « Es Brrrrutal !!! »
Un grand merci à Stéphane du refuge des Estagnous et à Dan et Patrick du refuge de l’Etang Pinet qui ont démontré encore une fois l’accueil légendaire des gardiens de refuge Ariégeois.

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Ravito par Mateo Christophel

Une affaire de portage devrait toujours être aussi une affaire de partage…
Et c’est bien ainsi que cela se passe dans ce tour de France par la frontière, projet qui m’a évoqué des histoires à la Jules Verne, dans lesquelles l’énergie d’une idée provoque des rencontres, la mise en commun de connaissances et de compétences.
Chacun fait ce qu’il peut si il veut accompagner le Dod, voyageur montagniste au long cours, qui trace son chemin d’un pas tranquille mais décidé, selon l’itinéraire qu’il s’est choisi et avec une éthique qui lui est propre.
Ce n’est pas un conquérant, même de l’inutile.
On dirait plutôt un passant, sauf qu’il est infatigable et que ses promenades sortent du commun !

Pendant ces quelques semaines nous avons donc partagé pas mal de choses :
– en premier lieu un énorme tas de matériel et de nourriture, avec en prime les maux de tête afférents à leur stockage et distribution;
– les incertitudes de la météo;
– quelques kilomètres de déplacements, les uns par la frontière des Pyrénées, les autres autour mais jamais très loin;
– des moments de tension, d’autres de bonne humeur;
– des levers de soleil uniques ( comme tous les levers de soleil, mais avec de beaux points de vue! )
– des soirées en refuge et de bonnes discussions;
– des traces de pas dans la neige, des longueurs de cordes et des arêtes en rocher plus ou moins pourri ;
En fin de compte, des instants de vie dans la nature et dans la montagne, qui est à mon sens un des derniers espaces de liberté qui nous reste, là-haut où chacun choisit encore les règles de son propre jeu.

Bon courage Lionel, on dit que quand il y a une volonté, il y a un chemin. Pas de doute alors, tu as encore un sacré bout de chemin devant toi.

Journées des 7 et 8 juin: un peu de repos après une étape longue et mouvementée!

Aujourd’hui, il ne fait pas beau: c’est repos à Melle chez l’incontournable monument du pyrénéisme qu’est Louis Audoubert.
Louis a été le premier et le seul avec son compagnon de cordée Guy Panozzo, à faire une traversée intégrale des Pyrénées en suivant la ligne de partage des eaux. C’était dans les années 80. Il a beaucoup tuyauté Dod car la frontière suit souvent cette ligne. Ainsi le Dodtour met ses pas dans ceux de ce grand alpiniste et himalayiste.
Grasse matinée jusqu’à 9h: ça change du lever habituel à 4H30!

Hier, très longue journée qui démarre par une montée depuis le col du Portillon moins pire que prévue. Puis à nouveau de belles crêtes herbues d’où la vue est magnifique mais le vent très fort. La frontière emprunte un petit bout du GR10 sur lequel Dod et Morgan croise une randonneuse. Incroyable! C’est Nadine, la cousine ariégeoise de Tronc!!! (Tronc, ami de longue date de Dod a été dans le Dodtour, son compagnon de cordée sur la traversée du massif du Mont-Blanc au Léman).
Ensuite, c’est 1000m de dénivelé à descendre par des pentes raides et à bartasser, en particulier au dessus des rives du ruisseau du Terme, pour rejoindre le lac de barrage sur la Garonne à Pont du Roi. La frontière franco-espagnole passe au milieu de ce lac.
Comment ferait-on dans ce Dodtour sans la tribu Adisson??? Jérôme, cousin de Frank (chef logistique kayak/pirogue du Dodtour) et neveu de Marco (qui est venu remonter la Bidassoa), est là avec les kayaks de Marco.
A partir de là, ça ne va pas rigoler…
D’habitude, il n’y a jamais de courant sur ce lac de barrage mais là, la Garonne est énorme, gonflée par la fonte des neiges. Elle déborde du barrage, créant un courant impressionant qu »il va falloir remonter… ça promet du kayak sportif!
Morgan et Jérôme en K2, Dod en solo vont pagayer comme des brutes face au courant tumultueux. A 20m de l’arrivée, Jérôme va même venir à la rescousse de Dod car le nez de son kayak est en train de se faire prendre par ce courant « de malade »!
Bref beaucoup d ‘émotions pour quelques … 400m de frontières aquatiques!!! ça achêve Dod et Morgan déjà bien épuisés de leur journée…
Heureusement à l’arrivée, il y a Louis et Gilberte Audoubert venus ouvrir leur maison de Melle pour accueillir toute l’équipe du Dodtour. Inutile de dire que ça a bien festoyer hier soir!!! Et puis, question gastronomie, Louis ne plaisante pas. Quand il partait en expédition, le sac déjà bien chargé de tout le matériel d’alpinisme, il n’oubliait jamais son saucisson, son pâté, sa boite de confits etc… Alors hier au dîner, c’était foie gras et entrecôtes énormes grillées sur le feu de cheminée! Le tout bien arrosé, ça va de soi!